Un futur médecin belge à Madagascar – Interview

Quentin Vô, 24 ans, termine sa sixième année de médecine à l’UCL. En mai dernier, il s’est rendu à Madagascar pour un stage de deux mois, entouré par Louvain Coopération. Il a travaillé dans le service de gynécologie d’un hôpital universitaire de Antananarivo. Une expérience parfois difficile, mais particulièrement enrichissante.

Pourquoi as-tu décidé de faire un stage dans un pays en voie de développement ?

L’université nous proposait de partir dans certains pays en voie de développement, en collaboration avec Louvain Coopération. J’ai toujours eu envie d’aller voir un peu ailleurs, de découvrir quelque chose de différent. Ce stage, c’était une opportunité de me faire ma propre expérience. J’ai donc sauté sur l’occasion.

Quelles sont les grandes différences que tu as pu constater là-bas par rapport à la médecine belge ?

Le manque de moyens m’a particulièrement marqué. Les patients sont très pauvres et ne peuvent pas toujours payer leurs soins et, au sein même de l’hôpital, il a beaucoup moins de moyens qu’en Belgique. Le matériel manque et le personnel est présent, mais il n’est pas toujours bien formé. Il y a aussi un gros manque d’organisation. En somme, la médecine est guidée par le manque de moyens. Elle est vraiment limitée.

Comment cela s’est passé avec les étudiants malgaches qui travaillaient avec toi ?

Plutôt bien ! J’ai vraiment été bien accueilli. Ils me posaient beaucoup de questions, voulaient savoir comment fonctionne la médecine en Belgique, les différences avec Madagascar… C’était vraiment intéressant de faire ces échanges. Moi ça m’a permis de comprendre leur système de soins de santé, mais aussi de me rendre compte de la chance qu’on a d’être en Belgique et d’avoir accès à des soins presque gratuitement !

Tu penses que, au niveau médical, tu as appris des choses que tu n’aurais pas pu apprendre en Belgique ?

Oui, clairement. J’ai appris beaucoup de pratique : j’ai pu réaliser des accouchements quasiment seul, poser des actes que je n’aurais jamais fait en Belgique. C’était vraiment très instructif. Evidemment, beaucoup de choses étaient différentes de la Belgique. Mais je pense que, parfois, c’est grâce aux contrastes que l’on comprend mieux ce qui se fait chez nous.

Et, au niveau des cas rencontrés, était-ce fort différent de ce que tu connaissais ?

En fait, comme les patientes consultent souvent tardivement, certaines pathologies sont fort avancées. J’ai vu des bébés naître avec des malformations très graves, suites auxquelles on n’aurait jamais laissé la grossesse aller à son terme en Belgique. Ou encore des cas de cancers très avancés qui, s’ils avaient été pris en charge plus tôt, auraient pu être traités. C’est toujours le même problème. Comme la population est pauvre, les gens ont peur de venir consulter car les soins de santés sont chers. Et donc ils postposent de plus en plus la consultation et arrivent avec des pathologies très avancées. Parfois, c’est trop tard.

Comment fonctionnent justement les frais de soins de santé à Madagascar ?

L’hospitalisation et les soins sont gratuits dans les hôpitaux publics, mais tous les examens complémentaires et les médicaments sont à la charge du patient. Il n’y a pas d’intervention de l’Etat. Aussi, il faut savoir que tout ce qui est nursing doit être géré par la famille. Elle doit préparer la nourriture du patient, le laver, gérer des draps… C’est très compliqué pour un patient qui se retrouve seul à l’hôpital car il doit se débrouiller pour tout ça.

Comment réagissais-tu face à de telles réalités ?

Au début, c’était tellement différent, que j’avais l’impression d’être spectateur, de ne pas vraiment ressentir la gravité de la situation. Aujourd’hui, j’y repense et je trouve horrible de ne pas pouvoir soigner quelqu’un parce qu’il n’a pas de moyens. Parfois, les médecins donnaient de leur poche pour soigner un patient ou pour faire un examen complémentaire. Il m’est arrivé d’acheter des vêtements pour des bébés qui n’en avaient pas du tout quand ils sont nés. C’est absurde de se dire que quelqu’un peut mourir juste parce qu’il ne sait pas payer un médicament qui coûte 5 euros ! Quand je vois en Belgique tous les moyens qu’on a…

Que retiendras-tu le plus ?

Je pense que c’est l’accueil des étudiants malgaches. Ils étaient vraiment intéressés, toujours prêts à la discussion. Ils ne me jugeaient pas, ne m’écartaient pas. Ça m’a beaucoup marqué. Je retiendrai aussi un cas en particulier. Celui d’une patiente qui a été mal prise en charge et ça s’est mal fini, uniquement à cause d’un manque d’organisation.

Tu voudrais repartir soigner dans le Sud ?

Oui. Je ne sais pas quand, combien de temps, ni où, mais je voudrais repartir. Ici, il y a des choses à faire, mais ce n’est rien comparé aux besoins qu’il y a dans le monde. Pourquoi ne pas essayer d’amener un peu de mon expérience ? Je pense que c’est important d’essayer de faire bouger un peu les choses et, personnellement, je pense que ça apporte beaucoup. Ça permet de se remettre en question et de remettre les soins de santé en Belgique en question.

COMMENT ( 1 )

  • Félicitations !
    Vous avons une asbl (www.amalgache.org) et nous partons tous les ans à Madagascar (Ambalavao) faire de l’humanitaire dans le domaine dentaire en soignant les enfants « de brousse ».
    Pourquoi pas trouver une entraide ?
    Sandra (dentiste LSD) et Roland
    0472/46.17.56

Leave a Reply