(Re)nouer des alliances entre les mutuelles et les coopératives agricoles

Un lien profond entre mutuelles et coopératives

Les mutuelles de santé, tout comme les coopératives, sont des initiatives d’économie sociale et solidaire. Les coopératives travaillent dans une logique marchande, aidant les fermiers à bénéficier des marchés d’approvisionnement et d’écoulement, ainsi qu’à améliorer la gestion de leur exploitation afin d’augmenter et pérenniser leurs revenus. Les mutuelles quant à elles n’ont pas pour objectif direct d’accroître les bénéfices. Elles permettent cependant d’éviter de devoir s’endetter au cas où un membre de la famille serait frappé par la maladie nécessitant des soins coûteux.. Plusieurs études montrent qu’il existe un lien entre développement durable d’une entreprise et gestion des risques de santé.

Historiquement, les mutuelles en Europe sont nées des caisses de solidarité au sein des syndicats et corporations professionnelles (guildes). Par la suite, pour éviter que les syndicats ouvriers ne deviennent trop puissants, le patronat des grandes entreprises industrielles a instauré un système semblable/concurrentiel pour leurs ouvriers. Les mutuelles étaient donc des initiatives de (et pour) personnes économiquement actives, ayant un revenu régulier qui s’organisaient solidairement pour s’assurer un accès aux soins de santé ainsi que pour garantir un revenu de remplacement en cas d’accident de travail et de maladie. Dans les pays du Tiers-Monde les promoteurs de mutuelles ont des difficultés à établir ce lien. Les mutuelles ont, parmi leurs membres, une majorité de ménages vulnérables, sans revenus réguliers et se trouvant dans une situation de survie permanente.

Le cercle vertueux du travailleur mutualisé

L’avantage pour le travailleur qui se mutualise est double : d’une part il connaîtra de plus courts arrêts de travail pour cause de maladie et d’autre part il aura plus de facilité à rembourser ses frais médicaux ainsi que ceux de ses proches. Ses revenus financiers pourront, de ce fait, être investis dans des activités génératrices de revenus et il pourra ainsi améliorer son pouvoir d’achat.

Au Togo, Bénin et Burundi, Louvain Coopération accompagne les mutuelles de santé et leurs Unions. L’ONG dispose donc d’un avantage évident pour articuler ces deux types de structures (mutuelles et coopératives). Notre expérience et expertise devrait également permettre de valoriser des initiatives dans le domaine des assurances. Par exemple, au nord du Togo un programme du FIDA envisage d’inclure des mécanismes d’assurance maladie et d’assurance récolte. Elle le fera plus que probablement via les mutuelles.

Des stratégies et des défis

Louvain Coopération cherche surtout à ce que les mutuelles puissent fidéliser des groupes dans leur ensemble et pour ce faire, responsabiliser les coordinateurs du groupe. Cette stratégie permet de :

  • Diminuer le risque que les nouveaux adhérents ne soient des personnes qui tombent régulièrement malade (adhésion averse).
  • Rendre la collecte périodique des cotisations plus efficiente que le porte à porte individuel.
  • Rendre les effets de cette prévoyance solidaire visible. Plutôt que l’anonymat d’un grand groupe, les membres du petit groupe structuré peuvent constater qu’un de leurs collègues a pu être soigné lorsqu’il est tombé malade et ce, sans devoir s’endetter. Même si nous avons été épargnés par la maladie, nous restons motivés pour cotiser.
  • Faire jouer la solidarité au sein du groupe et les encourager à avancer la prime de cotisation pour un des leurs qui est en difficulté financière.

Au Bénin et au Togo, Louvain Coopération s’est engagée à s’investir et innover dans ce couplage :

  • Les équipes des programmes SAE et MUSA tiennent régulièrement des réunions de concertation dans le but de concrétiser et d’améliorer les collaborations avec davantage de synergie.
  • Des outils de sensibilisation adaptés à ce public de petits entrepreneurs et personnes économiquement actives sont développés. Des séances de sensibilisation aux mutuelles sont également organisées lors de leurs rencontres coopératives.
  • Des grilles de calcul permettent d’apprécier les économies réalisées par cet « achat groupé » de l’assurance maladie pour la mutuelle. Ainsi, au vu des économies effectives, la mutuelle peut offrir des tarifs légèrement plus bas.

Ainsi, nous contribuons au défi qui est de passer d’une solidarité au sein d’un noyau très restreint, à une solidarité communautaire qui dépasse les diverses composantes de la société.

Un jeu gagnant-gagnant pour mutuelles et coopératives

Accorder à un grand nombre de personnes l’accès aux assurances maladies a de nombreux avantages. Cela permet non seulement aux assurances de couvrir des risques plus importants – dont les retombées financières sont conséquentes pour la mutuelle – mais aussi de dégager davantage de ressources afin que les mutuelles soient, économiquement parlant, plus autonomes. Dans une logique entrepreneuriale, les mutuelles ont donc tout intérêt à négocier des primes d’assurance qui avantagent les adhésions de groupes professionnels.

Ainsi, au Mono (Bénin), l’Union des mutuelles a négocié avec l’Union des coopératives de transformation de Manioc (UCTM) des tarifs préférentiels, pour autant que les différentes coopératives s’engagent à faire adhérer tous leurs membres et se chargent de la collecte.

 

Patrick Vanderhulst – Expert en mutuelles de santé à Louvain Coopération

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Emilie Stainier
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