Les mutuelles à la croisée des chemins

L’Agenda 2030 avec ses objectifs de développement durable comprend la mise en place d’un socle de protection sociale. Dans ce cadre, les gouvernements des pays dans lesquels intervient Louvain Coopération, définissent actuellement leur politique de couverture de soins universelle. Les mutuelles y obtiendront-elles un rôle formel bien réglementé ou devront-elles céder la place à d’autres acteurs.

Au Togo, Bénin et Burundi, là où Louvain Coopération appuie des mutuelles de santé, les gouvernements se trouvent dans un processus de mise en place d’un système national de couverture de soins universelle. En effet le contexte international offre une belle opportunité pour réaliser cette transition. L’accès aux soins de santé est le plus gros pilier du socle de protection sociale et les gouvernements se sont engagés à le mettre en place étape par étape.

L’Agenda 2030 avec ses objectifs de développement durable préconise un développement inclusif (« leave no one behind ») et appelle donc à compléter (ou plutôt équilibrer ?) la croissance économique avec des mesures de protection sociale. Il s’agit d’éviter de creuser encore davantage des inégalités déjà criantes. Les gros bailleurs sont prêts à y investir des ressources importantes et les gouvernements se préparent et mettent en place les changements structurels nécessaires pour gérer les énormes budgets promis.

Comme en Belgique, ils cherchent également à lever des taxes sur certains produits – de grande consommation, communications GSM, transferts financiers, etc. … afin de montrer leur bonne volonté à assumer l’autofinancement.

En tant qu’acteur belge qui agit en partenariat avec l’Union Nationale des Mutualités Libres (MLOZ), Louvain Coopération contribue à ce défi de développement structurel, en faveur d’un modèle qui donne une place prépondérante aux mutuelles de santé. Pour Louvain Coopération, la santé est un droit, mais également un devoir. Le devoir d’adhérer à sa mutuelle et, comme « associé », de contribuer en payant des primes ou des cotisations mais également en participant activement aux prises de décision démocratiques. Devoir également d’adopter des comportements qui témoignent d’une appropriation ou responsabilisation de la santé personnelle, familiale et communautaire. Il s’agit aussi de réfléchir, en tant qu’organisation de la société civile, au modèle de politique sociale et de santé publique que l’on désire implémenter et de peser sur les politiciens et administrations.

Ce lobbying doit se faire non seulement lors des élections, mais aussi en permanence dans des mécanismes de dialogue politique concernant l’assurance santé et l’ensemble des politiques de santé de base.

Par ailleurs, dans les mutualités, le principe de redevabilité vers les membres-clients garantit un contrôle citoyen plus efficace que dans le cadre d’un système géré par une administration (avec risque de corruption et charges de gestion très importantes) ou par une compagnie d’assurance privée (et une rémunération des actionnaires aux frais des assurés)

Un choix politique avec des enjeux idéologiques ainsi que de jeux de pouvoir

Mais les gouvernants et la plupart des partenaires techniques et financiers (banque mondiale, UNICEF, UE…) internationaux voient la protection sociale comme la mise en place de filets sociaux avec comme effet attendu surtout une amélioration de la capacité de production (croissance de la productivité). Être moins souvent et moins longtemps malade, se soigner sans devoir s’endetter, diminuer la mortalité des cadres formés, tout cela contribuera à la croissance économique. Les mêmes options favorisant les filets sociaux sur la sécurité sociale sont prises ici en Europe (Portugal, UK, Belgique)

Les gouvernements de trois pays concernés par notre programme (en l’occurrence le Bénin, le Togo et le Burundi) sont pauvres et voient d’un très bon œil cette opportunité de recevoir des fonds externes pour établir leur politique sociale. On constate beaucoup de convoitises entre les différents Ministères pour avoir la gestion de ce budget.

En conséquence, dans les cinq années à venir, Louvain Coopération et les Mutualités Libres vont soutenir les plateformes nationales du Togo et du Bénin dans le cadres de MASMUT 2. Les plateformes nationales du Burundi seront également soutenues par l’ONG de l’UCL. Dans les trois pays, ces plateformes rassemblent les structures d’appui au mouvement mutualiste dans le but principal de mener des actions envers les politiciens et organismes internationaux. Ce soutien favorise l’harmonisation des pratiques et le développement d’un argumentaire commun renforçant les capacités de négociation des acteurs qui œuvrent en faveur du développement des mutuelles.

Cette concertation nationale au Sud est fortement appuyée par une concertation ici en Belgique dans le cadre de la plateforme MASMUT. Cette pratique de plaidoyer au Nord et au Sud est un apprentissage collégial complexe. Entre-autres parce qu’elle suppose de connaître et maîtriser les différents jeux de pouvoir entre les parties prenantes en Belgique mais aussi aux niveaux des terrains au Sud et à l’international.

D’ici fin 2018 nous serons fixés sur le sort réservé aux mutuelles de santé. Soit elles auront acquis une place de choix au sein des systèmes de couverture de soins universelle, soit elles devront changer de mission ou disparaître. En effet elles risqueraient de devenir « illégales » par rapport à des règlementations qui ne permettront plus qu’il y ait des acteurs « hors système » . Les gouvernements ont l’obligation de sécuriser les fonds collectés auprès des citoyens.

En plus que de répondre aux besoins exprimés par les concernés, la cohérence avec les politiques gouvernementales définissent la pertinence des programmes de développement dans laquelle Louvain Coopération s’inscrit.

Patrick Vanderhulst – Expert en mutuelles de santé à Louvain Coopération

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Alexandra Jacoby
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COMMENT ( 1 )

  • Le rôle des mutuelles tant de santé (MUSA) que de solidarité (MUSO) n’est plus à démontrer dans le secteur d’assurance (maladie ou assurance vie). Ce qui reste pour ces outils c’est de capitaliser des ressources financières pour concrétiser clairement les aspirations
    des membres. Les pays africains, en général et la RDC en particulier, précisément au Sud-Kivu ont besoin d’un tel appui pour atteindre cette fois si les ODD différemment des OMD. L’approche communautaire reste ainsi une voie efficace pour y arriver. Pourtant les mutuelles de santé ou de solidarité favorisent une aubaine.
    Nous faisons aussi allusion aux MUSO, car dans l’expérience qui est la notre au Sud-Kivu, les membres des mutuelles de solidarité créent leur mutuelle de santé au sein même du groupe (MUSO) à partir de la caisse rouge (assurance-maladie).
    Ce qui leur manque c’est l’appui en frais d’adhésion aux mutuelles de santé existantes car les frais d’adhésion par personne semblent être exorbitant. Ou alors les faciliter à quitter le secteur informel pour créer une synergie des MUSO au Sud-Kivu. Cette démarche permettrait de capitaliser les forces des mutuelles de santé.

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