Quand les géants de l’agrobusiness défendent une agriculture climato-intelligente

La solution miracle pour une agriculture durable. Voilà comment nous est régulièrement présentée l’agriculture climato-intelligente. Pourtant, le monde académique et la société civile sont globalement très critiques envers ce nouveau modèle vu comme une forme de greenwashing du fonctionnement agricole productiviste actuel. Malgré ces réticences, l’alliance qui porte ce concept prend de l’ampleur et impose cette nouvelle vision dans les débats.

Fin avril, le cabinet du ministre De Croo a publié une note stratégique « sécurité alimentaire et agriculture » destinée à définir les nouvelles lignes directrices sur lesquelles devront s’aligner les acteurs de la coopération. Ce processus a d’importantes conséquences sur les politiques des ONG, largement tributaires de l’argent publique.

Dans cette nouvelle note, l’agriculture climato-intelligente est mentionnée comme un modèle à suivre. De premier abord séduisant, ce concept lancé en 2014 par l’Alliance globale pour une agriculture climato-intelligente (Gacsa) est en réalité une bannière derrière laquelle se cache des intérêts économiques aussi importants que Monsanto, Syngenta ou McDonalds, tous membres de l’Alliance.

Basée sur 3 grands principes (augmenter la productivité et les revenus agricoles, promouvoir la résilience face au changement climatique et atténuer l’impact climatique en diminuant l’émission de gaz à effet de serre), l’agriculture climato-intelligente rassemble une nébuleuse de pratiques et d’acteurs, sans lignes directrices claires et principe de gouvernance participatif et démocratique. Ainsi, des visions technophiles coexistent avec des conceptions transdisciplinaires alliant recherche scientifique et savoir-faire paysans. Seulement, les partisans d’une solution technologique sont surreprésentés tandis que les organisations paysannes sont quasi absentes au sein de Gacsa. Un déséquilibre qui permet aux grands de tirer la couverture de leur côté lors des négociations.

Pour les géants de l’agrobusiness, une agriculture intelligente serait une agriculture soi-disant agroécologique, utilisant des semences améliorées, enrichie avec des engrais synthétiques et pulvérisée avec des produits phytosanitaires… issus de leurs catalogues de vente ! Conflit d’intérêt vous dites ? La participation de ces entreprises à la Gacsa traduit un double enjeu : orienter les négociations pour que leurs produits ne soient pas exclus de ce nouveau concept porteur et capter une partie de l’aide internationale destinée au secteur agricole des pays soutenus par la coopération. Le changement des rapports de forces entre acteurs ou le renforcement de l’autonomie des producteurs et des consommateurs n’est pas du tout visé.

Une fois de plus, le problème de la faim est manipulé à des fins économiques, les facteurs socio-politiques responsables de ce drame étant largement oubliés.

En désaccord avec cette vision, une grande partie de la société civile défend une agriculture familiale durable et multifonctionnelle, assumant des rôles sociaux, économiques et environnementaux au sein de la communauté.

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Alexandra Jacoby
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